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La
fabrication du fromage de HERVE
Fabrication
Appelation d'Origine Protégée
Entre
Vesdre et Meuse, entre les plaines des Pays-Bas et les collines de
forêts de l’Eifel allemand, il est un petit pays,... un terre
d’abondance où la vie est douce, mais où le travail n’a jamais
manqué,... une région de bocages, caractérisée par son paysage
de vergers, de haies et de fermes isolées aux linteaux de pierre
bleue : c’est le Pays de Herve...
Depuis
plus de mille ans, les mains de milliers d’hommes courageux se
sont succédé pour défricher l’épaisse et sombre forêt des
origines. Ils l’ont progressivement transformée, d’abord en
champs de blé, puis, ces derniers siècles, en vergers à pommes,
poires et cerises, et en prairies fertiles où viennent paître les
vaches.
Depuis
des centaines d’années en effet, ce sont de véritables fleuves
de lait qui coulent du Pays de Herve, et nourrissent toutes les régions
environnantes.
Nourriture
fondamentale de tous les mammifères, le lait est un produit
indispensable et irremplaçable. Il est à la base d’une série
impressionnante de produits dérivés, que l’ingéniosité développée
au cours des siècles par les paysans, a permis de toujours améliorer.
Parmi
ceux-ci, la crème : elle contient la matière grasse du
lait. Elle est extraite par centrifugation dans une écrémeuse.
C’est avec cette crème que l’on préparera de délicieuses pâtisseries,
des glaces, et bien d’autres desserts encore... Mais la crème
peut aussi servir à préparer le beurre : si l’on agite
longuement la crème dans une baratte à main, ou, pour de
plus grandes quantités, dans une baratte rotative, toutes
les particules grasses de la crème vont s’agglomérer et former
une délicieuse motte de beurre tout frais. A partir du lait, on
peut encore faire du fromage blanc, qu’on appelle dans nos
régions la maquée. Elle sera moulée dans de petites formes
traditionnelles, appelées prihelles.
Le
seul problème du lait est en fait qu’il ne se conserve que très
peu de temps... aussi depuis que le monde est monde, les hommes ont
appris à le transformer en fromage !
L’allusion la
plus ancienne au fromage de Herve paraît remonter à 1228. Dans
« Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole » de Jean
Renart, on lit : « fromages et cars (gras) et sains de la
rivière de Clermont ». Il s’agit évidemment de la Berwinne.
Cependant, les historiens ne font mention du fromage de Herve que
deux siècles plus tard. Ainsi, dans les conditions de vente d’une
maison située dans le ban de Herve, figure l’obligation pour
l’acheteur de servir manuellement deux douzaines de fromages, en
1466. On trouve semblable clause en 1508.
Les édiles de
la Ville de Herve faisaient souvent des dons de fromages. Une note
de 1693 fait mention de quatre douzaines de Remoudous, pesant 300
livres au total, remises par la ville au Gouverneur de Namur. Un
rapport adressé au préfet du Département de L’Ourte du 27
fructidor An IX, fournit de curieux détails sur la fabrication :
« C’est à Herve et ses environs que l’on fait les
fromages appelés Angelos ou plus communément Remoudous. Ils
passent pour être les meilleurs fromages d’Europe.
A
Herve, comme dans maintes régions d ‘Europe, il est un
fromage unique en son genre, dont le caractère repose sur une
technique de fabrication particulière, et surtout sur la présence
dans l’air du Plateau de Herve d’une souche bactérienne unique.
C’est cette espèce de bactérie, et celle-là seule, qui permet
au Herve de devenir... un Herve ! Si l’on appliquait la
technique de préparation du fromage de Herve ailleurs que sur le
Plateau, on obtiendrait certainement un fromage, mais il serait différent
d’aspect et de goût : il ne pourrait jamais devenir un véritable
Herve.
Pourtant
la fabrication proprement dite n’est pas vraiment un mystère :
il faut seulement du soin, de la patience, pas mal d’expérience,
et surtout l’amour du métier. L’élaboration d’un Herve
commence immédiatement après la traite de la vache. Autrefois
manuelle, la traite est à présent, bien sûr, partiellement
automatisée.
Une
fois le lait recueilli, sans le laisser refroidir, mais sans le
cuire, et selon la tradition, sans même le pasteuriser, le fromager
le transvase dans la « tine », une grande cuve en
fer-blanc. Le lait se trouve alors à la température de sortie du
pis de la vache : environ 32°C.
On
ajoute, dans cette cuve, une petite quantité de présure,
mesurée avec précision. La présure est un produit biochimique
naturel, une enzyme, qui est extraite d’un des estomacs du veau :
la caillette. Cette enzyme a la propriété de faire rapidement
coaguler le lait : il se sépare ainsi en deux, une partie
solide, le caillé, et une partie liquide, le sérum.
Le
mélange lait-présure est brassé vigoureusement, puis laissé à
reposer pendant environ une heure et demie.
Après
ce délai, l’opération la plus délicate pour le fromager, et
celle qui réclame une grande expérience, consiste à apprécier le
degré de dureté de la masse de caillé. Ceci ne peut se faire
qu’avec les doigts, sans l’aide d’aucun appareil ! Le
fromager enfonce son doigt horizontalement dans le caillé et le relève,
en évaluant ainsi la dureté, rien qu ‘à observer la façon
dont la masse se fend lorsqu’il relève le doigt. Si l’artisan
juge que le caillé est à point, il passe à l’opération de découpage
du caillé, d’abord grossièrement et en forme de croix, avec un bâton
ou une louche, puis plus finement avec la lyre ou
tranche-caillé. Il obtient ainsi des particules de caillé de la
grosseur d’une noisette.
Après
cette opération, on constate que le sérum se sépare spontanément
de la masse de caillé tranché, et vient surnager à la surface. A
ce moment, le fromager dépose sur la surface un accessoire en forme
de passoire, qu’on appelle le fraiseu, et il le laisse se
remplir tout seul de sérum, en s’enfonçant doucement dans la
masse.
Quand
le fraiseu se remplit, le fromager prélève le sérum avec un poêlon.
Pour 100 litres de lait, il recueille ainsi environ 45 litres de sérum,
qui sera donné à boire aux veaux de la ferme.
Par
la suite, le caillé est à son tour prélevé dans la tine et déposé
soigneusement, sans le compresser, sur la table d’égouttage.
C’est une surface en bois, inclinée et percée de trous, séparée
en plusieurs bandes par des planches qu’on appelle filières.
C’est dans ces rainures qu’est déposé le caillé, rapidement,
pour qu’il ne refroidisse pas. Les filières sont calées entre
elles, et serrées par des coins de bois.
Au
bout de quelques heures, le caillé a encore éliminé du sérum, et
il devient plus ferme. Il est à présent possible de le retourner
en longues bandes. Cette opération sera encore répétée après
deux heures environ.
Le
moment est alors venu de découper ces bandes en blocs, qui
deviendront les fromages de Herve tels qu’on les trouvera dans le
commerce : au moyen d’un couteau, et en se servant d’une
planche comme mesure, le fromager découpe les bandes en cubes de 7
cm de côté.
Les
fromages sont toujours alignés entre les filières. Ils seront
encore et encore retournés plusieurs fois pendant tout le reste de
la journée, et jusqu’au lendemain matin.
Le
lendemain, les fromages sont salés, soit par trempage dans
une saumure, soit en les frottant un par un avec du gros sel. Ils
seront retournés encore de nombreuses fois, pour que toutes les
faces soient exposées à l’air de la même façon.
La
fabrication proprement dite est terminée, mais tout reste à faire.
Le moment le plus secret est arrivé, celui où l’homme laisse
s’opérer la magie de la nature : le fromage doit s’affiner
en cave pendant de longues semaines, parfois pendant plusieurs mois,
à une température de 13°C et une humidité de 90%. Grâce à
l’acidité du caillé, seules les « bonnes » bactéries
peuvent se développer, celles qui connaissent le véritable secret
du fromage de Herve, et qui accomplissent le travail le plus
important : la maturation.
Pendant
la période d’affinage, chaque fromage sera lavé
individuellement, à l’eau légèrement salée, deux à trois fois
par semaine. Il se forme ainsi une belle croûte rosée, la morge.
Elle est le produit de la bactérie spécifique du fromage de Herve :
bactérium linens.
Selon
le temps d’affinage, et différent procédés de lavage, on
obtiendra différentes qualités : le doux, le demi-doux, le
piquant,... Il ne reste plus qu’à emballer les fromages et à les
envoyer dans le circuit de distribution... De nos jours, plusieurs
artisans continuent cette fabrication traditionnelle à la ferme,
exactement comme il y a cent ans, deux cents ou trois cents ans.
Dans le même esprit, et avec le même soin, mais avec des moyens et
du matériel moderne, des PME locales ont repris la production sur
une grande échelle. Elles ont ainsi assuré la fabrication de 80%
des 550 tonnes de fromage qui sont sortis des caves des affineurs de
Herve en 1991.
A
peine déballé, et même souvent, sans même qu’il soit nécessaire
d’ouvrir l’emballage..., le fromage affirme une forte
personnalité ! Mais une fois en bouche, il surprend toujours
par son extrême saveur et sa texture riche et onctueuse. Le fromage
de Herve se déguste simplement avec une tartine beurrée, ou garnie
de sirop de pommes et de poires, une autre spécialité du Plateau,
et une bonne tasse de café.
Venus
du fond des âges, ces objets très modestes sont des témoins du
travail et de la vie des paysans de notre région, depuis des générations.
Ces hommes et ces femmes nous ont légué leur savoir-faire et leur
amour de la campagne, et nous, à leur suite, nous souhaitons que
vous trouviez beaucoup de plaisir à inviter notre fromage de Herve
à votre table, et beaucoup d’agrément à séjourner dans notre région
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