Ville de Herve

Ville de Herve

Histoire

Logée dans le nord-ouest de la province de Liège, à 8 km à vol d'oiseau de Verviers et à 17 km de Liège, HERVE (en wallon : Hêve) est soudée à sa colline en pente vers le sud.

L'origine de la ville se perd dans la nuit des temps. Quelques traditions en attribuent la fondation à une colonie romaine.

Charlemagne est le premier qui nous atteste, et encore d'une façon indirecte, l'existence de Herve. Par diplôme de l'an 779, il confirme les biens de l'abbaye de Chèvremont et cite "Angelgiagas" : vocable qui désigne José, village dépendant de la commune de Battice et qui, jusque dans les temps modernes, fit partie de la paroisse de Herve. L'existence de la localité qui nous occupe en 779 est donc établie par l'existence de ses dépendances à cette époque.

L'étymologie est discutée. La forme "Arva", latinisée en "Arvia" est la plus ancienne; d'origine celtique, elle veut dire "cours d'eau". Herve aurait donc emprunté le nom d'un ruisseau, dont il ne subsiste plus actuellement que le mince filet d'eau provenant des six fontaines qui va se déverser dans le Hack.

Herve est cité sous la forme "Arvia" en 898 dans la chronique des évêques de Toul; "Harva" en 1041; "Harvia" en 1042, 1059 et 1063; "Hervia" en 1143. Une charte de 1220 cite: "Harvia" : le pape Honorius confirme au chapitre collégial de Saint-Denis à Liège la possession de l'église de Herve.

A l'époque celtique, le pays était couvert d'épaisses forêts; or, il est connu de tout le monde que le déboisement entraîne fatalement la diminution ou la suppression des sources. Le débit d'eau fourni par les six fontaines était certainement plus considérable alors qu'aujourd'hui. D'ailleurs, au XVIe siècle, il existait un moulin établi sur le Hack, aux confins de la franchise, vers Elvaux.

Herve, ce fut d'abord une villa ou exploitation rurale fondée près des six fontaines : cette villa donnera naissance à la ville.

A l'époque carolingienne, son territoire est considérable : il comprend les communes actuelles de Herve, Battice, Chaineux, Charneux, Thimister et Clermont, soit environ 6.850 hectares. A Herve même se dresse la ferme qui réunit tout un petit monde de fonctionnaires et de serfs, chargés de la culture des champs environnants. A leur tête, un intendant, assisté d'échevins, concentre en ses mains toutes les attributions administratives et judiciaires; c'est l'origine de la cour de justice. A côté de la ferme, on a érigé une chapelle en bois, selon l'usage du temps.

Tout porte à croire que la villa hervienne fut d'abord l'apanage de la famille carolingienne : c'est en 898 que l'empereur Arnulphe, fils de Carloman, fit don de la chapelle de Herve à Lugdelm, évêque de Toul.

Au XIIIe siècle, l'ancienne chapelle a disparu, une église plus vaste la remplace, avec une tour massive édifiée dans un but plus militaire que religieux. Un château fort y est adossé et l'ensemble est entouré de fossés. Herve a tout ce qu'il faut pour devenir une ville, et c'est Waleran IV, duc de Limbourg, qui lui octroie ce titre probablement avant 1270. Les habitants jouissent des mêmes libertés que les bourgeois de la ville de Limbourg, car on distingue les bourgeois de la ville ou franchise de Herve et les manants ou masuirs du ban de Herve.

Le château de Herve, dont on ne voit plus de traces, semble avoir existé près de l'emplacement actuel de l'église. En 1283, pendant la guerre de la succession du Limbourg, les troupes de Renaud, comte de Gueldre, qui l'occupaient, firent des incursions dans le comté de Dalhem. Le duc de Brabant, pour les en punir, vint assiéger la forteresse qu'il fit démolir. Il brûla en même temps toute la ville et plusieurs villages des environs. Le château fut reconstruit par le comte de Gueldre et confié à Henri, fils de Conrard Snabbe, sire de Lontzen, mais en 1285, ce dernier le livra au duc de Brabant avec les châteaux de Lontzen et Sprimont pour prix de la liberté de son père fait prisonnier.

En 1334, Wenceslas, roi de Bohême, ayant déclaré la guerre à Jean III, duc de Brabant, ravagea le Limbourg et s'empara du château de Herve.

Herve fut engagé en 1384 à Jean, sire de Gronsveld, par la duchesse Jeanne de Brabant. en garantie d'un prêt d'argent.

Au mois d'août 1465, les Liégeois, conduits par Raes de Heers et Baré de Surlet, allèrent piller la ville de Herve. Elle fut de nouveau pillée en 1487 par les partisans des La Marck en lutte contre l'évêque.

De 1566 à 1654, Herve eut beaucoup à souffrir des guerres de religion.

Au XVIIe siècle, les rois d'Espagne, souverains des Pays-bas, toujours désargentés, érigèrent le ban de Herve en seigneurie : il fut vendu en 1644 à Guillaume de Caldenborg, drossart du duché de Limbourg, pour 40.000 livres.

Le roi d'Espagne érigea également la ville de Herve en seigneurie et la vendit en 1655 à Anne-Marie de Barbieus, veuve de Guillaume de Caldenborg, pour la somme de 13.000 livres. Les deux nouvelles seigneuries relevèrent dès lors en fief de la cour féodale de Limbourg. Celle de la ville ou franchise de Herve fut relevée dès 1656 par Robert d'Aspremont Lynden et resta dans sa descendance jusqu'à la révolution. Quant à la seigneurie du haut-ban de Herve, elle appartint également à la même famille. Toutefois, elle passa en 1762 à Georges de Lamberts-Cortenbach.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les exploits guerriers de Louis XIV, roi de France, furent pour tout le duché de Limbourg et en particulier pour le pays de Herve, l'occasion de pillages, de contributions de guerre et d'exactions de toutes sortes.

En 1713, le traité d'Utrecht règle la succession d'Espagne : les Pays-Bas passent sous domination autrichienne. Pour Herve, c'est une ère de paix et de développement : la ville est considérablement agrandie et embellie. Du règne de l'impératrice Marie-Thérèse date la création du collège.

L'impératrice établit par ailleurs de nombreux services administratifs à Herve. L'empereur Joseph II établit à Herve le premier tribunal de la province, ainsi que la demeure du capitaine du cercle pour les provinces de Limbourg et de Gueldre. En 1781, Joseph II fut accueilli à Herve avec enthousiasme.

C'est le 2 juin 1785 que Lebrun, ministre de la République française (décapité en 1794), publia à Herve le fameux "Journal général de l'Europe ". Cette publication se poursuivit jusqu'en 1792.

L'abbé Fréville, associé de Lebrun, publia en 1789 : " Les éphémérides de l'humanité ". Cette publication ne dura qu'un an.

Le premier livre publié à Herve date de 1778: " Style et manière de procéder en matière criminelle au pays de Liège ".

" L'écolier chrétien ", ouvrage à l'usage du collège et pensionnat de Herve, par Collet, docteur en théologie, fut également imprimé à Herve en 1781.

En 1792, 1793 et 1794, F. J. VIEILLEVOYE, imprimeur à Herve, publia le grand calendrier de Herve qui contient de très nombreux renseignements historiques.

La révolution brabançonne et la révolution française marquèrent un nouveau déclin. Les excès et les sévices des patriotes brabançons jetèrent les Herviens dans le camp de l'Autriche. Les Français entrèrent à Herve le 12 décembre 1792. Comme l'écrit Amédée de Ryckel, ce fut l'ouverture de l'ère de la phraséologie républicaine : au nom de la liberté, ils brisèrent l'antique perron du Marché et imposèrent les assignats et des contributions de guerre contre les Autrichiens. On comprend que ceux-ci furent accueillis en triomphateurs en 1793. Le 20 septembre 1794, les Français s'emparent à nouveau de Herve pour y rester cette fois jusqu'en 1815. Ils y rétablirent le régime républicain d'abord, puis l'empire dont la fin fut malheureuse pour la population, suite aux passages continuels des troupes.

Après Waterloo, Herve reçut quelques temps une garnison prussienne.

Suite au traité de Paris, la Belgique passa sous la domination de la Hollande. Guillaume Ier séjourna quelques heures à Herve le 3 juin 1815.

Plusieurs Herviens s'enrôlèrent dans les troupes qui firent la révolution de 1830 et participèrent aux combats.

Par décret du 28 mai 1831 du Congrès national, la ville de Herve reçut le drapeau d'honneur pour la participation des volontaires herviens à la cause de l'indépendance belge. Ce drapeau a disparu dans l'incendie de 1914.

De 1830 à 1914, Herve connut une exceptionnelle période de paix et de prospérité, avec ses tissages, ses fabriques de chaussures, ses tanneries, ses siroperies, ses marchés au beurre et aux bestiaux. La réputation du fromage de Herve a franchi les océans.

En 1914, c'est un nouveau calvaire de souffrances et de ruines, une quarantaine de personnes massacrées, près de trois cent trente immeubles incendiés dont l'hôtel de ville. Ceci explique que Herve ait gardé peu de vestiges anciens en dehors de l'église.

Le territoire de la ville a une superficie de 197 hectares 44 ares 72 centiares et présente cette particularité d'être entouré de tous côtés par la commune de Battice, comme par un anneau.

L'altitude est de 290 mètres au seuil de l'église.

Comme industries aujourd'hui, il faut citer la siroperie Meurens et  la S.C.A.R. (sociétés coopératives agricoles réunies) rue des Martyrs et le moulin Spronck, rue des Martyrs.

Année Habitants
1784 10.054
1816 3.353
1841 3.770
1890 4.770
1892 4.819
1905 4.836
1910 4.750
1923 4.737
1930 4.034
1938 3.698
1975 4.213
1977 (fusion) 13.196
1991 15.744
1995 16.182
2000 16.475
2005 16.772
2010 17.118
2011 17.170
2012 17.213
2013 17.384
2014 17.413
2015 17.533
2016 17.622

Le notaire Joseph Meunier, dans son ouvrage : "Par les ruelles du Pays de Herve", trace ce portrait : "Les Herviens sont très commerçants, et en général, très sociables, communicatifs et sympathiques. Certains ont vu, parmi eux, des descendants de sujets juifs implantés dans la région depuis des siècles".

A partir du 1er janvier 1977, la commune de Herve sera fusionnée avec Battice, Bolland, Chaineux, Charneux, Grand-Rechain, Julémont et Xhendelesse, sous la dénomination : "Ville de Herve". Ce sera une entité de 57 km2, comptant 13.196 habitants.